Le Sénégal vient de vivre l’un des retournements politiques les plus fulgurants de son histoire contemporaine. Vendredi 22 mai 2026 au soir, Ousmane Sonko était limogé de la primature par le président Bassirou Diomaye Faye. Mardi 26 mai au matin, quatre jours à peine plus tard, il prenait place au perchoir de l’Assemblée nationale, élu président de la chambre avec 132 voix sur 165. Du statut de chef de gouvernement déchu à celui de deuxième personnalité de l’État en moins de 100 heures.
Du limogeage au perchoir : quatre jours de haute voltige
Le scénario aurait pu être écrit pour une série politique. Vendredi soir, les tensions larvées qui couvaient depuis des mois entre Diomaye Faye et son Premier ministre éclatent au grand jour avec la signature du décret de limogeage. Le Sénégal plonge dans l’incertitude. Mais dès le week-end, la mécanique du parti majoritaire se met en marche : El Malick Ndiaye, alors président de l’Assemblée nationale, présente sa démission pour libérer la place. Le 26 mai au matin, fort du soutien indéfectible de la majorité Pastef qui contrôle 130 sièges sur 165, Ousmane Sonko s’empare du perchoir.
Le vote lui-même a été sans surprise : 132 voix pour Sonko sur 165 inscrits, en l’absence totale de l’opposition qui boycottait la session inaugurale. Un triomphe arithmétique qui dit l’ampleur de sa base parlementaire et sa capacité à mobiliser ses troupes dans les moments de crise.
Un discours d’installation en wolof : un message politique fort
Fraîchement installé sous les acclamations de ses députés, Ousmane Sonko a immédiatement donné le ton lors d’un discours prononcé en wolof — un choix symbolique fort, qui ancrait son autorité dans la culture populaire sénégalaise plutôt que dans les conventions institutionnelles françaises. Conscient des craintes de paralysie, il a voulu se montrer rassurant mais d’une fermeté absolue :
« Je n’utiliserai pas cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel. Aucun député avec moi n’utilisera cette institution pour une vendetta personnelle. »
Mais le message envoyé à l’exécutif — et notamment au nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, nommé la veille — était tout aussi clair : l’Assemblée nationale exercera pleinement son rôle de contre-pouvoir. Elle ne sera pas une simple chambre d’enregistrement des décisions présidentielles. Sonko a martelé : « On ne peut pas faire du Pastef sans le Pastef. »
Une cohabitation d’un genre inédit au Sénégal
Ce basculement ouvre une ère institutionnelle sans précédent dans l’histoire politique sénégalaise. Pour la première fois, le président de l’Assemblée nationale et le président de la République sont issus du même mouvement politique, mais en opposition ouverte. Sonko contrôle la majorité parlementaire et peut théoriquement faire tomber n’importe quel gouvernement. Diomaye Faye contrôle l’appareil d’État et les décrets.
Cette configuration oblige les deux hommes à une coexistence inconfortable que les constitutionnalistes qualifient de « cohabitation interne » — plus complexe encore que les cohabitations classiques entre deux partis différents, parce qu’elle implique une rupture au sein d’un même mouvement, avec les loyautés partagées que cela suppose chez les militants.
Le président Faye saisit le Conseil constitutionnel
Avant même le vote du 26 mai, le président Bassirou Diomaye Faye avait saisi le Conseil constitutionnel sur la procédure d’élection du président de l’Assemblée nationale, cherchant à encadrer juridiquement le processus. Une démarche interprétée comme une tentative d’empêcher ou de retarder l’élection de Sonko, qui n’a finalement produit aucun effet sur le déroulement du vote.
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Sources : France 24, RFI, Le Révélateur