Au moment même où le Sénégal digérait le limogeage d’Ousmane Sonko de la primature, le Pastef était secoué de l’intérieur par des contestations autour de l’organisation de son premier congrès. Aldiouma Sow, membre du Bureau politique national, a publiquement dénoncé des irrégularités dans le processus électoral interne du parti — avant d’être balayé par la réalité d’un plébiscite unanime en faveur de Sonko le 6 juin 2026.
Les faits : sept candidatures recalées, une seule validée
Dans les semaines précédant le congrès du 6 juin 2026 à Diamniadio, la Haute Autorité de Régulation du Parti (HARP) a examiné les dossiers de candidature à la présidence du Pastef. Le résultat a choqué plusieurs membres du Bureau politique : sur huit candidatures déposées, sept ont été rejetées, dont celle d’Aldiouma Sow. Seul le dossier d’Ousmane Sonko a été validé.
Les raisons officielles du rejet des autres candidatures n’ont pas été rendues publiques dans le détail. Pour les partisans de Sonko, il s’agit de la simple application du règlement intérieur. Pour ses détracteurs internes, la HARP a instrumentalisé le processus pour garantir un résultat annoncé d’avance.
Aldiouma Sow saisit la HARP et dénonce un « déni de démocratie interne »
La réaction d’Aldiouma Sow a été immédiate et publique. Se réclamant de « Pastef-Les Patriotes », il a déposé un recours formel auprès de la HARP, dénonçant plusieurs violations du règlement intérieur du mouvement. Il cite notamment :
- La violation de l’article 27, qui prévoit un délai d’une semaine pour le traitement des contentieux électoraux internes ;
- La violation de l’article 17, qui impose un temps de débat et de consultation à la base avant les votes ;
- La concentration du premier tour, du traitement des recours et d’un éventuel second tour sur la seule journée du 6 juin, jugée « manifestement contraire aux textes ».
Aldiouma Sow est allé jusqu’à déclarer le congrès « illégal » et à prévenir que « les résolutions adoptées, les textes d’orientation approuvés et les dirigeants issus du congrès seront entachés de nullité ».
La réplique de la direction du parti
Waly Diouf Bodiang, cadre influent du Pastef, a pris la parole pour répondre à Aldiouma Sow, défendant la régularité du processus et la légitimité de la candidature de Sonko. Pour la direction du parti, le congrès s’est déroulé dans les règles, et les contestations d’Aldiouma Sow relèvent d’un positionnement politique personnel plus que d’une réelle préoccupation procédurale.
Le congrès se tient et Sonko est plébiscité à l’unanimité
Malgré la contestation, le congrès s’est tenu comme prévu à Diamniadio le 6 juin 2026. Le résultat a été sans appel : Ousmane Sonko a été élu premier président du Pastef à l’unanimité — 583 voix sur 583 suffrages exprimés, avec un taux de participation dépassant 98 %. Le lendemain, lors d’un grand meeting à la Dakar Arena, il était officiellement investi candidat à la présidentielle de 2029.
Ce résultat a de facto rendu caduques les contestations d’Aldiouma Sow. Face à un tel plébiscite, difficile de parler d’une élection truquée sans crédibilité. Les recours déposés ont été classés sans suite par la HARP.
Un symptôme des tensions internes au Pastef
Au-delà du cas Aldiouma Sow, cet épisode révèle des tensions réelles au sein d’un parti qui n’a jamais organisé de congrès depuis sa fondation en 2014. Habitué à fonctionner dans l’urgence et la résistance, le Pastef doit désormais se structurer comme un parti de gouvernement, avec des procédures démocratiques internes robustes. Un défi organisationnel que la crise Diomaye-Sonko a rendu encore plus complexe.
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Sources : Senego, Senenews, Seneweb