C’est un séisme politique qui ébranle le Sénégal. Le 22 mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a signé un décret mettant fin aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, dissolvant dans la foulée l’ensemble du gouvernement. Une rupture spectaculaire entre deux hommes qui étaient, il y a encore peu, des alliés indéfectibles — liés par un pacte politique né derrière les barreaux et porté par des millions de Sénégalais.
Une alliance née dans les geôles, brisée au sommet de l’État
Pour comprendre l’ampleur de ce séisme, il faut remonter à mars 2024. Ousmane Sonko, empêché de se présenter à la présidentielle en raison de sa condamnation pénale, avait transféré toute sa légitimité électorale à son compagnon de cellule : Bassirou Diomaye Faye. Ce dernier, libéré de prison seulement dix jours avant le scrutin, avait remporté l’élection dès le premier tour avec plus de 54 % des voix. Un résultat historique qui devait poser les jalons d’un pouvoir partagé entre la direction institutionnelle et la direction politique réelle du mouvement.
Nommé Premier ministre dès le 2 avril 2024, Sonko avait pris la tête d’un gouvernement ambitieux, avec un agenda de rupture totale : renégociation des contrats pétroliers, réforme des institutions, lutte contre la corruption. Pendant deux ans, le tandem Faye-Sonko avait incarné une nouvelle ère. Mais derrière la façade d’unité, les tensions couvaient.
Des fissures apparues dès juillet 2025
Les premiers signes de tension remontent à juillet 2025, quand Sonko avait publiquement critiqué le chef de l’État, dénonçant ce qu’il appelait un « problème d’autorité » au sommet de l’État. Une sortie rare et fracassante pour un Premier ministre. Début mai 2026, c’est au tour de Diomaye Faye de pointer une « personnalisation excessive » du pouvoir par Sonko. Le fossé entre les deux hommes était devenu public, visible, irréversible.
Selon l’analyse du juriste Abdou Ben Said Assadillah, Sonko incarnait « une exigence de transformation immédiate » là où Diomaye découvrait « les lenteurs, les compromis et les limites structurelles de l’État ». Une tension structurelle inhérente à tout exécutif bicéphale où la frontière entre l’État et le mouvement politique reste floue.
La goutte qui a fait déborder le vase
Quelques heures avant son limogeage, Sonko intervenait encore à l’Assemblée nationale pour critiquer ouvertement une décision présidentielle sur la gestion des fonds politiques, déclarant que « le président a fait une erreur ». Cette prise de position publique semble avoir scellé son sort. Le décret de limogeage a été diffusé le soir même par la télévision nationale, mettant fin à 24 mois de cohabitation au sommet de l’exécutif.
Des réactions en chaîne immédiates
Dès l’annonce du limogeage, des centaines de militants du Pastef se sont rassemblés devant la résidence de Sonko à Dakar. Une mobilisation spontanée qui dit l’attachement de la base militante à son leader. Mais Sonko a choisi la voie de la discipline républicaine : il a quitté la primature sans fracas, avant d’être élu dès le 26 mai président de l’Assemblée nationale.
Le 6 juin 2026, il était plébiscité à l’unanimité — 583 voix sur 583 suffrages exprimés — à la tête du Pastef lors du premier congrès du parti à Diamniadio, avec un taux de participation dépassant 98 %. Le lendemain, lors d’un grand meeting à la Dakar Arena, il était officiellement investi comme candidat du Pastef pour la présidentielle de 2029.
Un nouveau Premier ministre, un nouveau paysage
Le président Faye a nommé le 25 mai 2026 Ahmadou Al Aminou Lô au poste de Premier ministre. Économiste discret, ancien secrétaire général de la BCEAO, Al Aminou Lô incarne une rupture de style franche. Son gouvernement, constitué le 1er juin 2026 et composé quasi exclusivement de personnalités indépendantes, est minoritaire dans un Parlement que contrôle toujours le Pastef à hauteur de 130 sièges sur 165.
Sonko a promis de ne pas déposer de motion de censure, affirmant : « Nous les accompagnerons. » Mais la tension reste permanente. Le Sénégal entre dans une période de cohabitation inédite — et le compte à rebours vers la présidentielle de 2029 a déjà commencé.
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Sources : France 24, RFI, JusPoliticum
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