Le 29 mai 2026, Maître Abdoulaye Wade a soufflé ses 100 bougies. Une date qui a marqué l’histoire politique du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest : jamais un chef d’État africain n’avait atteint le siècle d’existence. Pour célébrer cet événement exceptionnel, la société sénégalaise — dans son unité rare — a organisé les 4 et 5 juin 2026 une série de cérémonies officielles sous le haut patronage du président Bassirou Diomaye Faye, à Dakar.
Un destin construit dans l’opposition et le combat
Abdoulaye Wade incarne comme peu d’autres la persévérance politique. Né le 29 mai 1926 à Kébémer, dans le nord du Sénégal, il consacre l’essentiel de sa vie à un combat de plusieurs décennies contre le parti unique, le Parti socialiste, qui a dominé le Sénégal de l’indépendance (1960) jusqu’en 2000. Fondateur du Parti démocratique sénégalais (PDS) en 1974, il se présente à cinq élections présidentielles avant de remporter la sixième en mars 2000, lors d’une victoire historique contre Abdou Diouf — symbole d’une première alternance démocratique dans le pays.
Cette trajectoire — quarante ans d’opposition, cinq défaites, et finalement la victoire — est devenue une référence en Afrique de l’Ouest, citée dans les discours comme l’exemple suprême de la persévérance et de la foi dans les institutions démocratiques. Wade lui-même a souvent répété que la patience était sa première vertu politique.
La présidence Wade (2000-2012) : entre ambition et controverses
Douze ans à la tête du Sénégal. La présidence de Wade a été marquée par d’ambitieux chantiers d’infrastructure — l’autoroute à péage Dakar-Diamniadio, l’aéroport Blaise Diagne, le Monument de la Renaissance africaine, inauguré en 2010 — qui ont durablement transformé le visage de la capitale sénégalaise. Sur le plan continental, Wade a été l’un des architectes du NEPAD (Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique), l’initiative de développement économique qu’il a co-fondée avec Thabo Mbeki et Olusegun Obasanjo.
Son deuxième mandat a été terni par des controverses croissantes : tentative de modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat en 2012, ascension politique de son fils Karim Wade, accusations de gestion opaque. Sa défaite face à Macky Sall en 2012 a mis fin à son règne, mais pas à sa présence dans le paysage politique sénégalais.
Les cérémonies du centenaire (4-5 juin 2026)
La commémoration du centenaire s’est déroulée en deux temps. Le jeudi 4 juin, une cérémonie solennelle au Grand Théâtre National Doudou Ndiaye Coumba Rose a rassemblé les plus hautes autorités de l’État, des figures politiques, des chefs religieux et coutumiers. Le président Diomaye Faye a prononcé un discours très commenté. Le vendredi 5 juin, un symposium scientifique au Monument de la Renaissance africaine a réuni académiciens, chercheurs et juristes pour analyser les différentes dimensions de l’œuvre politique et constitutionnelle de Wade.
L’événement était initialement prévu le 29 mai, jour du véritable anniversaire de Wade, mais il a été décalé pour ne pas coïncider avec la fête de la Tabaski.
Wade au présent : un patriarche discret
À 100 ans, Abdoulaye Wade vit en grande partie à l’étranger. Sa santé est gardée secrète par ses proches, mais des membres du PDS ont confirmé qu’il suit les événements politiques sénégalais avec intérêt. Son fils Karim Wade, leader de fait du PDS et candidat à l’élection présidentielle de 2024 depuis l’exil à Doha, reste une figure de l’opposition.
Le centenaire de Wade intervient dans un contexte politique troublé, marqué par la rupture entre Diomaye Faye et Sonko. Le discours du président à la cérémonie officielle a été lu par beaucoup comme un message politique au-delà du simple hommage.
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Sources : RTS Sénégal, Burkina 24, APS